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Lettre d'adieu
by Faruk Kadioglu Friday, May. 27, 2005 at 9:15 PM

Moi, Faruk Kadioglu...

Lettre d'adieu...
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C’est avec une grande douleur et la rage au coeur que nous avons accueilli la nouvelle de la perte de notre camarade bien-aimé Faruk Kadioglu. Il s’est immolé hier, au fond de sa cellule, à la prison de Tekirdag, pour protester contre les conditions de détention en prison de type F et contre le nouveau règlement des prisons qui renforce les abus et les mauvais traitements à l’encontre des prisonniers.
Au début de sa grève de la faim qu’il avait entamé il y a quelques jours, il nous a fait parvenir une lettre d’adieu. Nous tenions à vous en faire part pour mieux vous faire connaître les rêves et la sensibilité de ce grand amoureux de la vie qu’était notre camarade Faruk.

La rédaction de Turquie Rebelle.


"Moi, Faruk Kadioglu

Le 9 mai 2005, j’ai commencé le jeûne de la mort au sein du 12e détachement de volontaires appelé Fidan Kalsen.

Je viens des régions de la Mer Noire. Du village de Havaza situé dans le district de Of, dans la province de Trabzon. Je suis d’origine Laz et Rum (Grec d’Anatolie). Je suis donc une sorte de métis Laz-Rum. J’ai 28 ans. Je suis le plus petit parmi sept frères et soeurs. Mes parents sont toujours vivants.

J’ai passé mon enfance au village, jusqu’à mes 18 ans. C’était des années de misère. Je n’ai pu porter des chaussures que lorsque j’étais à l’école secondaire.

Nous vivions de la culture du thé. Et dans la production du thé, nous étions soumis à une double exploitation. On nous volait notre labeur non seulement lors de la vente mais également l’année suivante, lorsque l’on nous versait notre argent. Cet état des choses a contribué à attiser notre colère contre le système. Aujourd’hui, l’exploitation s’est accrue, surtout dans le secteur du thé, du tabac et de la noisette.

Par ailleurs, la cueillette du thé était très éprouvante et avait des conséquences néfastes pour notre santé. Pendant des heures, nous devions couper les feuilles de thé au ciseau. Puis nous devions remplir des sacs et les porter en escaladant les crêtes des plantations. Ensuite, nous parcourions des heures de route avec 30 à 40 kilos sur le dos. Nous étions obligés de porter des vêtements imperméables durant la cueillette du thé. Car dans nos régions, le climat est tempéré et il pleut à toute saison. Les plantations de thé sont situées dans les zones les plus pluvieuses. Et même quand il ne pleut pas, l’humidité était toujours très forte et le sol boueux.

Donc, nous devions porter des bottes. Car à force d’avoir les pieds trempés, on finissait par avoir des maladies. D’ailleurs, dans nos régions, le taux de rhumatisme est très élevé. Les douleurs au dos sont aussi à compter parmi les calvaires dont se plaignent les cultivateurs de thé.

En bref, j’ai vécu dans la pauvreté. Et ceux qui n’en pouvaient plus quittaient le village et s’en allaient ailleurs chercher une vie meilleure.

Toutes ces raisons ont contribué à ce que je m’engage politiquement. C’était il y a dix ans. Aujourd’hui, je suis en prison, en tant que captif libre. Et à présent, j’observe le jeûne jusqu’à la mort. Pourquoi ?

Parce que je veux que le régime d’isolement dans les prisons soit levé et je désire vivre avec mes opinions.

Je demande aussi la fin de la misère et de l’exploitation à outrance, comme je l’ai vécu, dans les plantations de thé, de tabac et de noisettes. Je demande l’arrêt de la répression et de la violence contre le peuple. Je demande aussi que les criminels qui ont fait du tort à la population et les collabos soient jugés.

Je demande des comptes pour mes 28 camarades assassinés en prison lors de l’opération du 19 décembre.

J’exige également que les responsables du décès de nos 118 comagnons tombés ces 5 dernières années dans la résistance du jeûne de la mort soient jugés et punis.

Je veux un pays plus viable pour le peuple, où règnent l’indépendance, la démocratie et la liberté.

C’est pour toutes ces raisons que je livre mon corps à la faim et à la mort.

Je suis convaincu que mes camarades, mon peuple et mon parti réaliseront mes rêves.

Que mon âme soit sacrifiée.

Je sais que ceux qui se dévouent pour le peuple continuent de vivre dans son cœur. Je suis heureux de connaître cette honneur. J’aime énormément ma patrie et mon peuple.

J’adore notre Anatolie. Elle me fascine tant.

Et j’aime la vie à en mourir.

Au revoir !

Avec toute mon affection

Faruk Kadioglu"

Faruk Kadioglu
by Faruk Kadioglu Friday, May. 27, 2005 at 9:15 PM

Faruk Kadioglu...
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Faruk Kadioglu
by Faruk Kadioglu Friday, May. 27, 2005 at 9:15 PM

Faruk Kadioglu...
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