arch/ive/ief (2000 - 2005)

Soudan: Notre silence nous rend complices
by Amnesty Friday, Jul. 23, 2004 at 11:19 AM

« Les milices Janjawid et les soldats sont arrivés à Abu Jidad le jour du marché. Les soldats ont bouclé la zone du marché et les Janjawid ont alors raflé l’argent et le bétail. Ils ont tué plusieurs personnes. J’ai vu leurs cadavres. Certaines avaient été tuées par balle et d’autres à coups de baïonnette. » Témoignage d’Ercouri Mahamat, étudiant coranique du village d’Abu Gamra, situé près de la ville de Kornoy, dans le Darfour septentrional.

Le Darfour est situé dans l’Ouest du Soudan. Sa superficie est proche de celle de la France ou du Texas. Il a été durant plusieurs années le théâtre d’affrontements sporadiques entre des communautés de cultivateurs four, masalit et zaghawa notamment, et des groupes de nomades. Au cours de ces affrontements, de nombreuses personnes ont été tuées et des habitations ont été détruites ou pillées. Le gouvernement a attribué ces violences aux rivalités engendrées par la rareté des ressources.

En février 2003, un nouveau groupe d’opposition armé, l’Armée de libération du Soudan (ALS), a pris les armes contre le gouvernement, estimant qu’il ne protégeait pas suffisamment les habitants du Darfour et que cette région était marginalisée et sous-développée. Ce groupe armé était principalement soutenu par les cultivateurs de la région. Un autre groupe armé, le Mouvement justice et égalité (MJE), a fait son apparition peu après.

Le gouvernement soudanais a alors laissé les milices arabes connues sous le nom de Janjawid (terme signifiant hommes armés à cheval) s’attaquer librement aux villages, commettre des homicides, des viols, des enlèvements, détruire des habitations et d’autres biens, y compris des sources d’eau, et voler le bétail. Les forces gouvernementales ont parfois attaqué des villages en même temps que les Janjawid, et il est arrivé que des avions du gouvernement bombardent des villages immédiatement avant des incursions des Janjawid, ce qui incite à penser que ces attaques étaient coordonnées. Les liens entre les forces armées soudanaises et les Janjawid ne peuvent plus être mis en doute : les Janjawid portent à présent des uniformes fournis par l’armée.

« Les Janjawid sont arrivés et m’ont demandé de quitter les lieux. Ils ont frappé des femmes et des petits enfants. Ils ont tué une fillette de deux ans, Sara Bishara. Ils l’ont poignardée dans le dos. »
Témoignage d’Aisha Ali, du village de Sasa, près de Kornoy, dans le Darfour septentrional

Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées de force : elles ont dû fuir de chez elles en raison des opérations menées par les Janjawid et les forces gouvernementales. De vastes zones du Darfour ont ainsi été dépeuplées. Les Nations unies estiment que près d’un million de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du Darfour. Elles ont fui leurs villages incendiés et ont généralement cherché refuge dans des villes ou des camps de la région, où elles vivent dans des conditions souvent très précaires. En outre, plus de 120000 se sont réfugiées au Tchad.

Une crise des droits humains
Selon un rapport publié en mai par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, « la mission a constaté que des violations massives des droits humains ont été commises de manière systématique dans le Darfour par le gouvernement soudanais et par des milices qui agissent pour son compte. Un grand nombre de ces violations pourraient constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité. Au vu des informations qui ont été rassemblées, il apparaît clairement que la terreur règne dans le Darfour » [traduction non officielle].

Depuis fin 2003, des centaines d’habitants du Darfour ont été arrêtés parce qu’ils étaient soupçonnés, semble-t-il, d’être en contact avec les groupes d’opposition armés opérant dans la région. Ils ont été détenus en vertu de l’article 31 de la Loi relative aux forces de sécurité. Ce texte permet de maintenir une personne en détention pour une durée pouvant aller jusqu’à neuf mois sans qu’un juge puisse examiner la légalité de cette mesure. Un grand nombre des personnes arrêtées ont déclaré avoir été torturées en détention.

Le 8 avril, le gouvernement soudanais a signé avec l’ALS et le MJE un accord de cessez-le-feu qui devait prendre effet le 11 avril. L’article 5 de cet accord dispose que « les parties ont décidé de libérer tous les prisonniers de guerre et toutes les autres personnes détenues en raison du conflit armé dans le Darfour ».

Amnesty International demande instamment à toutes les parties impliquées dans ce conflit de mettre immédiatement fin aux atteintes aux droits humains, notamment aux exécutions illégales et aux violences contre les civils. L’organisation exhorte également la communauté internationale à soutenir le déploiement au Soudan d’observateurs internationaux des droits humains.


Modèle de lettre

Monsieur le Président de la République et Commandant en chef des Forces Armées
Lieutenant-Général Omar Hassan Ahmad AL-BASHIR
President’s palace
PO Box 281
KHARTOUM
SOUDAN


Monsieur le Président de la République,

Les récents rapports faisant état d’attaques contre des civils par les milices Janjawid, appuyées dans certains cas par les troupes gouvernementales comme à Tina le 28 janvier 2004 ou à Korma le 20 mars dernier, sont particulièrement préoccupants. Ces attaques directes contre des civils sont une violation de l’article 3 de la Convention de Genève.

J’appelle les autorités soudanaises à tout mettre oeuvre pour que ces attaques cessent au plus vite et je vous demande de faire en sorte que ces multiples atteintes aux droits humains (massacres, tortures, viols systématiques, pillages...) commises par les Janjawid ne soient plus tolérées.

Je demande instamment au gouvernement soudanais de permettre le déploiement d’observateurs internationaux au Darfour et l’élargissement du mandat de la Mission de Protection des Civils et de Surveillance, afin qu’elle puisse enquêter sur les attaques contre les civils commises par les deux parties en présence au Darfour.

En espérant que cette lettre aura su retenir toute votre attention, je vous prie d’agréer Monsieur le Président de la République l’expression de ma très haute considération.

Nom, prénom
Adresse, Pays
Date, Signature

http://www.amnestyinternational.be/act/article426.html