arch/ive/ief (2000 - 2005)

En Iran, les étudiants sont dans la rue
by berndette Thursday June 19, 2003 at 01:20 AM
@bigfoot.com

Depuis plusieurs jours, les étudiants iraniens sont dans la rue. Le mouvement a été déclenché par un projet de privatisation de l'enseignement, mais les revendications des manifestants sont beaucoup plus larges.

L'Iran est une République islamique sous l'autorité d'un Guide suprême (l'ayatollah Ali Khamenei), avec un Président élu au suffrage universel (Mohammad Khatami) et une chambre législative.

Mohammad Khatami, le président réformateur au pouvoir depuis 1997, peine à imposer les réformes que réclame la population iranienne. Chaque avancée réformiste est entravée par les conservateurs, avec à leur tête l'ayatollah Ali Khamenei, élu lui aussi, mais par un conseil de mollahs et de théologiens. Le Guide suprême exerce un contrôle étroit sur le pouvoir exécutif et il contrôle le pouvoir législatif via le Conseil des gardiens de la révolution, qui doit avaliser les lois.

Jusqu'à présent, les timides réformes qui ont pu être amorcées en Iran ont bénéficié davantage aux compagnies pétrolières (Total, Elf, Royal Dutch) qu'aux chômeurs, aux étudiants, aux journalistes ou aux internautes. Les sites de plusieurs organes de presse proches des réformateurs www.baharnews.com www.dowrannews.com http://64.23.26.154/ [Mosharekat] ne sont plus accessibles. Le 10 juin, le quotidien conservateur Kayhan a été suspendu pendant un jour pour avoir écrit, après qu'un taureau en furie a réussi à entrer dans le Parlement, « qu'il n'y avait là rien de tellement étonnant puisque, dans un pays où les candidats ne sont contrôlés d'aucune manière, n'importe quelle vache peut entrer au Parlement », faisant allusion à un projet de loi visant à retirer au Conseil des gardiens de la révolution le pouvoir d'opposer son veto aux candidatures de réformateurs. Ce trait d'humour, pourtant favorable aux conservateurs, a été jugé insultant pour l'assemblée législative, ce qui a valu au quotidien d'être suspendu.

Ces derniers jours, des milliers de personnes ont manifesté à Téhéran et dans d'autres villes du pays contre la mainmise du clergé sur l'État et pour dénoncer l'incapacité des réformateurs élus à desserrer l'étau conservateur qui oppresse la société iranienne. La police a procédé à des dizaines d'arrestations, mais la plupart des personnes arrêtées ont été rapidement relâchées. Comme en 1999, les manifestants semblent avoir plus à craindre des milices islamistes que de la police.

Dimanche dernier, les manifestants ont reçu le soutien de 248 réformateurs qui ont publié une déclaration dans laquelle ils réclament le droit de critiquer leurs dirigeants. Le mouvement pourrait donc s'étendre. Plusieurs associations ont déjà appelé à descendre dans les rues le 9 juillet pour commémorer l'anniversaire du soulèvement étudiant de 1999, écrasé par les milices islamistes.

Plus d'infos sur le site du Comité de coordination du mouvement estudiantin pour la démocratie en Iran : www.daneshjoo.org (site en reconstruction suite à l'affluence de ces derniers jours)