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Petite histoire Allemande: les parasites sociaux...
by David L. Sunday December 01, 2002 at 12:11 AM

"Il faut réduire les prestations de l'Etat social, vocifèrent les millionnaires"

Petite histoire Allemande: les parasites sociaux...

Une grand-mère, assise dans la salle d'attente de son médecin.
Elle ne comprend pas pour quoi elle doit payer sur sa maigre retraite une partie des médicaments qui lui sont prescrits, alors qu'elle a travaillé toute sa vie et qu'elle a payé des impôts et des cotisations.

Cela déjà l'irrite.

Mais ce qui l'énerve encore plus, c'est l'Albanaise assise à côté d'elle dans la salle d'attente. Celle-ci n'a absolument rien à payer, alors qu'elle n'a jamais versé d'impôt à l'Etat et qu'elle n'a jamais cotisé à l'assurance maladie.

Si nous vivions une époque "normale", la vieille dame aurait peut-être pitié de cette Albanaise qui a tout perdu. Mais nous ne vivons pas une époque normale. Nous vivons une époque de brusques changements économiques, technologiques et sociaux, utilisés par les plus forts, qui en profitent pour changer les règles du jeu à leur avantage.

Les plus forts ont cessé d'être solidaires avec les faibles c'est la raison pour laquelle les caisses de l'Etat se vident de façon apparemment mystérieuse. Ceux qui ont toujours eu du mal à joindre les deux bouts ont encore plus de mal. Résultat en bas de l'échelle, on refuse de partager les maigres prestations versées par l'Etat. C'est pourquoi le réfugié n'est pas accueilli avec pitié, mais avec jalousie.
C'est pourquoi celui qui touche l'aide sociale est soupçonné d'être un parasite. Autrefois, c'était plutôt la richesse qui était suspecte.

DANS LE MONDE ENTIER, L'IMPOSITION DES ENTREPRISES CONTINUE DE BAISSER

Les allocations chômage sont trop élevées, disent les PDG, alors qu'ils sont licenciés avec une indemnité de plusieurs millions de marks quand ils ont mis leur entreprise sur la paille. Il faut réduire les prestations de l'Etat social, vocifèrent les millionnaires qui ne sont plus tributaires de cet Etat depuis longtemps soit ils ont placé leur argent à l'étranger, soit ils ont un conseiller fiscal qui les tient au courant des dernières niches fiscales et de la moindre possibilité de déduction.

Il faut mettre un terme au maintien des acquis sociaux et salariaux, prêchent ceux qui, au cours des dix dernières années, ont non seulement maintenu, mais aussi augmenté leur patrimoine. Il suffirait d'un banal graphique pour dire l'essentiel sur la réalité sociale de notre pays. Il montrerait que ceux qui ont les revenus les plus élevés échappent, de façon légale et sans doute aussi illégale, à leur devoir de citoyen.

Que l'imposition la plus lourde concerne de fait les tranches de revenu les plus basses. Le graphique montrerait que si Hans Eichel [ministre des Finances allemand] doit faire 30 milliards de marks [100 milliards de FF] d'économies, c'est parce que les riches ne paient plus d'impôt. En effet, les impôts payés sur les revenus élevés sont devenus une bagatelle.

L'Etat tire l'essentiel de ses revenus des impôts réglés par de simples salariés. En 1997, l'impôt sur les salaires représentait 300 milliards de marks, l'impôt sur les autres types de revenus personnels seulement 6,5 mil liards. Il y a vingt ans, les hauts revenus participaient pour encore 37,4 milliards de marks au coût de notre République, alors que les salariés fournissaient moins de 100 milliards de marks. En Allemagne, il n'y a plus que «les gens honnêtes, les gens bêtes et ceux qui n 'ont pas de lobby à Bonn" qui paient encore des impôts, a dit récemment Joachim Lang, professeur de droit à l'université de Cologne et membre d'une commission d'experts chargée par le ministre des Finances de proposer un projet de réforme de l'impôt sur les entreprises. Car on pourrait montrer des graphiques semblables pour visualiser l'évolution des impôts sur le capital et sur les bénéfices des entreprises. fls indiqueraient la même tendance.

La part des entreprises et des indépendants dans la charge fiscale baisse, quoi qu'en dise la propagande savamment orchestrée par les lobbyistes. Dans le monde entier, l'imposition des entreprises continue à baisser, parce que les gouvernements nationaux cherchent à attirer ou à garder les industries et se font donc une concurrence ruineuse en offrant des avantages fiscaux.

Les cours des actions ont fortement aug menté pendant les dix dernières années. Même après le minikrach de l'automne 1998, l'indice Dax reste à un niveau historique. Les bénéfices des entreprises ont explosé ; les revenus des patrons ont augmenté de façon disproportionnée ; le nombre des millionnaires et des milliardaires s'est accru ; de colossales fortunes ont été léguées ; le PNB de 1998 est environ trois fois plus élevé qu'il y a vingt ans, mais, aux yeux du fisc, nos riches sont pauvres. Plus de 800 milliards de marks ont échappé au fisc allemand pour prendre la direction des paradis fiscaux, estime-t-on. D'après le Fonds monétaire international, les riches du monde entier ont mis en tout 7 000 milliards de dollars à l'abri dans les banques des paradis fiscaux. Mais, si vous essayez d'attirer l'attention sur des faits de ce genre, on brandit des matraques verbales comme "Jalousie sociale" ou "société de la jalousie".

L'art des riches à se faire passer pour pauvres est un moyen efficace pour vider la démocratie sociale de son contenu. Qu'elle soit voulue ou fortuite, cette stratégie atteint son objectif. On cesse de payer ce que l'on doit à l'Etat, on met ses salariés à la rue par milliers, et l'Etat social est alors soumis à une épreuve qu'il ne peut supporter. Dans sa détresse, il augmente les cotisations sociales; et donc les charges des entreprises. Ainsi, les employeurs ont un argument (" l'emploi coûte trop cher") pour justifier des licenciements supplémentaires et la délocalisation des emplois. La situation financière de l'Etat devient alors encore plus précaire ; le ministre des Finances doit augmenter encore la pression fiscale sur les contribuables de base, si bien que même eux finissent par croire que les dépenses sociales ne peuvent plus être financées et que nous devons nous résoudre à renoncer aux acquis.

UN GAIN (NON IMPOSABLE) DE 2 700 % ENTRE 1980 ET 1998

Mais nous ne serions pas obligés de le faire si nous réussissions à faire à nouveau participer les gens aisés et les entreprises aux charges de l'Etat. Un investisseur qui a placé 1 million de marks début 1993 dans les valeurs du Dax possédait cinq ans plus tard une fortune de 3,7 millions. S'il vend ses actions, il peut encaisser son gain de 2,7 millions sans payer un pfennig [centime du mark] d'impôt et sans avoir travaillé. Ceux qui ont acheté des actions Allianz en 1980 ont réalisé un bénéfice non imposable de 2700% en 1998. A la fin de l'année 1997, les citoyens allemands disposaient d'une fortune de 14 000 milliards de marks en terrains, maisons et fortune financière. La moitié de cette somme concerne les petits épargnants, ceux qui ont travaillé pour construire leur maison et ceux qui vivent dans un appartement dont ils sont propriétaires. Mais l'autre moitié, soit 7000 milliards de marks, appartient aux véritables riches, qui peuvent vivre des revenus de leur fortune sans être obligés de travailler. Si cette moitié-là était imposée chaque année à 1%, le ministre des Finances Hans Eichel aurait 70 milliards de plus dans sa tirelire. fl ne serait pas obligé d'économiser 30 milliards, mais il aurait à sa disposition 40 milliards supplémentaires.

Sans doute est-il illusoire de faire réellement rentrer ces 70 milliards dans les caisses de l'Etat, au vu de toutes les possibilités légales et illégales qui existent pour contourner l'impôt. Mais le ministre des Finances devrait au moins dire à la grand-mère de la salle d'attente pourquoi c'est justement elle, la retraitée, qui doit payer les frais médicaux de l'Albanaise, et non pas le millionnaire d'à côté.


Est-ce différent en France, en Belgique...?

David L.

Note:
LES FILIALES COMPROMETTANTES DE GRANDES BANQUES EUROPÉENNES
Argent sale : que fait ma banque aux Bahamas ?
http://www.transnationale.org/sources/finance/paradis__bahamas.htm

Pareil
by R.B. Sunday December 01, 2002 at 09:45 AM

En France, la répartition des impôts n'est pas mieux établie qu'ailleurs
Et nous avons encore en tête la fameuse histoire des "impôts de ChabaDelmas" : le Canard Enchaîné avait révélé qu'il ne paillait pas d'impôts, le maire de bordeaux, et ce le plus légalement du monde : il bénéficiait de ce qu'on appelle "avoirs fiscaux" une combine tout à fait officielle pour gagner encorep lus d'argent sans s'occuper du fisc
J'ignore si les "avoirs fiscaux" sont toujours valides, mais il y a d'autres combines et c'est effectivement les revenus moyens ou faibles qui proportionnellement sont les plus imposés
Mais la gauche ayant décidé qu'il y a avait en France seulement deux types de gens, les "riches" et les "pauvres" et la droite n'en pensant pas moins ça risque de continuer encore longtemps