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Tribunal Populaire Sabena - Témoignage

by Julien Saturday, Nov. 09, 2002 at 10:24 PM

Témoignage de Patrick Willeputte au Tribunal Populaire Sabena, ancien employé du cleaning "Vous avez le choix entre nourrir votre famille et ne pas la voir ou voir votre famille mais ne pas lui donner à manger."

Un an déjà…

Un an déjà que la SABENA a été assassinée, les hommes politiques et les patrons appellent cela ‘ faire faillite'. Avec elle disparaissaient 12000 travailleurs. Que sont- ils devenus 12 mois plus tard ? La moitié, paraît-il a retrouvé un emploi, mais quel genre d'emploi? Mi-temps, contrat à durée déterminée, intérim que du précaire. Et les autres ?
Pour nous, ma femme et moi-même, ce fut le début d'un long chemin de croix, qui n'est d'ailleurs pas terminé: recherche d'emploi (trop âgé), petits boulots en noir, la débrouille quoi. Car maintenant, quand on vous propose un job, c'est soit un tout petit salaire, soit une élasticité, ça convient mieux que flexibilité, à toute épreuve.
Donc vous avez le choix entre nourrir votre famille et ne pas la voir ou voir votre famille mais ne pas lui donner à manger. Quelle époque !


Mais le plan ‘ social', vous diront certains, vous avez quand même eu de l'argent ? Pour moi le plan ‘social's'apparente à une petite bouée de sauvetage qui se dégonfle très vite et qu'on vous lance pour vous donner l'illusion que l'on veut vous sauver, une fois dégonflée, vous n'avez plus qu'à nager, mais à force de nager sans atteindre la terre, on s'épuise et on sombre.
Très vite les problèmes s'installent, maux de tête, d'estomac, crise d'angoisse, jamais mon médecin ne m'a vu autant.
Il faut déstresser monsieur Wilputte, me dit-il, car vous allez droit a l'ulcère.
Je veux bien, mais comment faire quand pendant toute la journée vous vous demandez de quoi sera fait demain, car les factures n'attendent pas et toutes les obligations que nous avons prisent en pensant que notre ‘SABENA' était quelque chose de solide, nous devons les assumer. Assumer, voilà bien un mot que nos politiciens ne connaissent pas, en effet pas un n'est prêt à reconnaître ses fautes et a en subir les conséquences.
ILS sont tous coupables de mise en danger de milliers de personnes, de conduire au suicide, de souffrances psychologiques, ce qui est la pire des tortures, d'empêcher les ménages de subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. Pour tous cela, ILS doivent êtres condamnés. Quelles peines leurs infliger? D'abord assumer financièrement toutes les pertes que nous subissons, mais avec leur propre fortune pas avec l'argent du contribuable, cela serait trop facile. Puis les mettre dans la même situation que nous, pour qu'ils comprennent la douleur morale dans laquelle nous sommes. Mais comprendre, ils ne savent pas faire non plus, car s'ils le pouvaient, jamais ils ne nous laisseraient dans une telle situation. Dans les systèmes judiciaires démocratiques les coupables doivent payer et les victimes doivent être dédommagées.


Les coupables c'est eux.
Les victimes nous.

Ils nous ont proposés de commencer chez BGS (Belgium Ground Sevice ndlr) au cleaning, service où nous étions avant la faillite, je dis commencer car c'est vraiment de ça qu'il s'agit : contrat 50% à durée déterminée, après 17 années de services et de sacrifices, c'est tout ce qu'ils nous proposent.50% cela veut dire à deux, plus ou moins 1240 euro ou 50000 fb à peine, plus que le chômage et peut être moins si je compte le trajet.
Nous allons accepter car, si financièrement nous ne comment nous ferons, mentalement, ne fut-ce que pendant 4 heures, je reverrai mes collègues et socialement je me sentirai à nouveau ‘intégré' dans ce système où tu dois produire ou mourir.
Mon père qui est gravement malade m'a dit ‘mes pauvres enfants, je préfère être à ma place qu'à la votre'. C'est tout dire.