arch/ive/ief (2000 - 2005)

Interview de Jayyab et Fadi

by Benjamin Pestieau Friday, Nov. 08, 2002 at 11:56 AM

« Il n'y a pas d'autre choix que la résistance, aucun autre choix. » explique Jayyab. Il fait partie avec Fadi et Salah d'une délégation de trois jeunes Palestiniens qui sont en Belgique pour un mois (novembre) à l'invitation des Brigades de Jeunes Che-Leila. Interview.

« Nous sommes des jeunes normaux qui voulons des choses simples »

« Il n’y a pas d’autre choix que la résistance, aucun autre choix. » explique Jayyab. Il fait partie avec Fadi et Salah d’une délégation de trois jeunes Palestiniens qui sont en Belgique pour un mois (novembre) à l’invitation des Brigades de Jeunes Che-Leila. Ils vont faire le tour du pays pour témoigner de la situation de la jeunesse palestinienne et de sa lutte.

Benjamin Pestieau


> Pouvez-vous nous faire ressentir le quotidien des jeunes palestiniens sous l’occupation ?
> La jeunesse palestinienne est déprimée ? Pourtant elle ne cesse de résister, d’où tire-t-elle sa détermination ?
> Comment les menaces de guerre contre l’Irak sont perçues en Palestine ?
> Est-ce que des figures révolutionnaires sont populaires en Palestine ?
> Est-ce qu’il y a un message que vous voudriez donner à la jeunesse en Europe ?


 

Pouvez-vous nous faire ressentir le quotidien des jeunes palestiniens sous l’occupation ?

> Jayyab : Tous les jeunes se battent contre l’occupation. C’est très difficile d’étudier sous le bruit constant des bombes, des tirs de mitraillette, de missiles et d’avions ou en sachant qu’un ami est mort, blessé ou en prison. C’est aussi souvent impossible d’étudier car l’armée israélienne nous empêche d’aller à l’université. La bande de Gaza est divisée en 3 zones. Pour aller de l’une à l’autre il faut passer des « check points ». L’armée les ferme souvent ce qui nous empêche de nous rendre à l’université de Gaza City, la seule unif de la bande de Gaza.

> Fadi : Nous sommes des jeunes comme les autres dans le monde mais nous n’avons rien. Nous n’avons aucune activité culturelle ou festive. Il n’y a quasi aucune occasion de rire pour un jeune palestinien. Nous avons une des jeunesses les plus déprimées du monde à cause de la situation économique désastreuse, de l’occupation et l’oppression de l’armée israélienne. A Bethléem, nous connaissons régulièrement des périodes de couvre-feux où l’armée israélienne nous laisse sortir 4 heures tous les 4 jours pour aller chercher à manger. A Jénine, ça fait 100 jours qu’ils sont sous ce régime ! Est-ce que tu peux imaginer la mentalité et le désespoir des jeunes dans de telles conditions ?
Aller à l’université, c’est risquer sa vie. La Cisjordanie est divisée en 64 cantons et la route qui mène à l’unif est truffée de colons et ou de soldats qui n’hésitent pas à nous tirer dessus ou à nous empêcher d’aller aux cours.

> Jayyab : Comme étudiant palestinien, c’est relativement facile d’aller étudier à l’étranger mais c’est très difficile d’y revenir une fois les études terminées et impossible si tu as fait des études scientifiques comme la physique. Pour beaucoup de jeunes palestiniens l’école leur est impossible aussi à cause de la situation économique désastreuse. Les jeunes n’ont pas d’argent pour payer les études ou une chambre près de l’université ou plus simplement, ils doivent travailler pour aider leur famille à survivre, à manger.

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La jeunesse palestinienne est déprimée ? Pourtant elle ne cesse de résister, d’où tire-t-elle sa détermination ?

> Jayyab : Beaucoup de jeunes ont perdu leurs frères, leurs amis, leur famille. Tu peux être déprimé mais il n’y a pas d’autre choix que la résistance, aucun autre choix. Dès l’age de 6 ans je me suis fait battre par l’armée israélienne pendant la 1ère Intifada car je portais un t-shirt avec le drapeau palestinien. J’étais à peine né que mon père a été jeté en prison. Il y est resté 10 ans. Toute mon enfance, j’ai vu mon père en prison. Pendant la deuxième Intifada, lors d’une manifestation, j’ai été touché par une balle ‘doumdoum’ qui explose à l’intérieur du corps. Je peux te montrer mon dos et les dégâts de cette balle. Tu peux être déprimé mais dans une telle situation, seule la résistance est possible.

> Fadi : L’usage des balles ‘doumdoum’ est pourtant interdit par toutes les lois internationales ! J’ai dit que la jeunesse palestinienne est déprimée mais elle résiste pour pouvoir vivre normalement. Les jeunes se battent pour des choses simples comme la liberté et la paix. Nous sommes des jeunes normaux qui voudrions avoir une vie normale : étudier, participer à des activités culturelles, rire,… On ne veut pas de sang, de morts et de guerre. Mais l’occupation nous prive de cette vie normale. 24 heures sur 24, tu entends les tirs, les bombes, les missiles. C’est la musique avec laquelle on s’endort et avec laquelle on se réveille. Quand on rentrera en Palestine, il est possible qu’on se fasse arrêter pour une raison ou l’autre. A tout moment, tu peux te faire tuer ou voir tes amis tués. Dans ces conditions, tu ne peux que résister. Tu n’as pas le choix. Quand j’avais 17 ans, j’étais en face de ma maison avec mes amis. A ce moment une jeep de l’armée israélienne passe devant alors que j’étais en train de rire. La jeep s’arrête brusquement et les soldats en sorte : « Pourquoi riais-tu ? ». Après ils ont continué à parler mais je ne comprenais pas ce qu’il disait. Ils m’ont saisi et frappé dans la jeep avant de me laisser. Comment réagirais—tu si c’était ton quotidien ce genre de choses ?

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Comment les menaces de guerre contre l’Irak sont perçues en Palestine ?
> J : Nous vivons sous l’occupation et la guerre. Nous sommes très bien placés pour comprendre ce que ça veut dire la guerre et les bombardements. On ne veut ça pour aucun peuple du monde. On connaît notre douleur ce qui nous permet de bien comprendre la douleur du peuple irakien. En 1998, quand les USA ont repris les bombardements sur l’Irak, j’ai manifesté avec 5000 jeunes de Gaza Nord avec le drapeau palestinien et irakien. Arrivé près d’un « check point » on s’est tout de suite fait tirer dessus.

> F : Les jeunes palestiniens comprennent très bien le lien entre l’Irak et la Palestine. Bush voudrait stopper l’Intifada pour avoir les mains libres pour attaquer librement l’Irak. Bush promet des plans vides qui envisagent des négociations dans 3 ans ou plus tard encore. Tout cela pour stopper l’Intifada. Mais les Palestiniens continueront à verser leur sang pour empêcher les plans de Bush.

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Est-ce que des figures révolutionnaires sont populaires en Palestine ?
> J : Mon père m’a appelé Jayyab en hommage au Général Giap qui a dirigé l’armée de libération du vietnam. Sinon le Che est très populaire en Palestine.

> F : Che Guevarra est le logo de notre résistance. C’est la personne à qui on pense toujours quand on pense à la résistance… et aussi au communisme.

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Est-ce qu’il y a un message que vous voudriez donner à la jeunesse en Europe ?
> J : A tous les jeunes qui vivent avec une certaine liberté, je voudrais que vous n’oubliez jamais les milliers de jeunes palestiniens qui sont privés de liberté. Pensez à ces milliers de jeunes qui ne sont pas libres, qui vivent sous l’oppression et l’occupation et soutenez-les dans leur résistance.

> F : Les médias dans le monde sont pro-israéliens. On vient ici pour donner une autre image de la jeunesse que celle livrée par les grands médias. Nous sommes des jeunes normaux. Nous ne sommes pas des fanatiques, nous n’aimons pas le sang et la mort. La seule chose que nous faisons c’est résister à une occupation. Soutenez-nous ! Manifestez, pour changer la politique internationale vis-à-vis d’Israël. Manifestez pour nous aider à récupérer nos terres, notre Capital Jérusalem et permettre le retour de nos frères réfugiés dans les pays voisins.

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Nom : Jayyab Abusafia
Age : 19 ans
Organisation : Palestinian Progressive Youth Union (PPYU)
Famille : il est l’ainé d’une famille de 7 enfants. Il a 4 frères et 2 sœurs.
Résidence : nord de la bande de Gaza
Page Web perso: www.jayyab.8m.com
E-mail: jaiab100@hotmail.com

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Nom : Fadi Isaac
Age : 24 ans
Profession : informaticien à l’Institut de recherche appliqué
Famille : Il est le deuxième d’une famille de 4 enfants, 2 frères et 1 sœur.
Résidence : Bethléem
E-mail: fadi@arij.org

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