arch/ive/ief (2000 - 2005)

A la rencontre du Dr Moncef Marzouki
by transmis par G.De Smet Thursday February 21, 2002 at 10:18 PM
Conference samedi 9 mars, 19h Bruxelles cet article présente son action et annonce la conférence.

Le Dr M.Marzouki est Tunisien. Il a été président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, et a été condamné en Tunisie. Il est arrivé en France en novembre 2001.

A la rencontre du Docteur Moncef Marzouki
Dr Michel Jehaes (groupe médical belge de soutien au Dr Marzouki) place Ferrer, 2, 6043 Ransart ; courriel : jehaes.giaux@online.be ; tél. : 071.35.31.51.

Conférence-débat
organisée par le groupe médical d'Amnesty International 
Pétitions et Droits de l'Homme : une perte de temps ?
samedi 9 mars à 19h
à l'Hôtel Charlier
16, avenue des Arts à 1210 Bruxelles
(métro Arts/Loi ou Madou)

1. Histoire de notre groupe de soutien
Une amie médecin épidémiologiste m'a parlé en février 2001 du professeur Moncef Marzouki qui devait venir faire un exposé lors d'un congrès médical et a dû faire lire son texte par quelqu'un d'autre car le pouvoir tunisien l'empêchait de sortir de Tunisie. Nous avons ensuite eu l'occasion de le rencontrer lors d'un congrès médical en Tunisie. Dès avant ce séjour, nous avons été interpellés par sa situation, car l'un de nous, le Dr Patrick Jadoulle, l'a bien connu au cours d'un stage de 4ème doctorat de l'UCL fin 1985, à Sousse.
C'est ainsi que se sont développés nos contacts avec lui, que nous avons créé un groupe de soutien, correspondu avec lui pendant qu'il vivait sous haute surveillance en Tunisie. Son parcours médical et humaniste réprimé a trouvé un soutien auprès des organisations internationales de défense des droits de l'homme et des milieux scientifiques qui exercent déjà de nombreuses pressions sur le pouvoir tunisien.
Le Dr M.Marzouki nous a dit faire l'objet de privations de liberté : limitation de sa liberté d'expression (téléphone sur écoute et régulièrement coupé, courrier non distribué), de déplacement (surveillance policière quasi continue, privation de sa voiture), de travail (licencié de son poste et empêché de rejoindre Paris où il a été nommé récemment professeur), sans compter les menaces verbales voire physiques. Il nous disait, en conclusion de cet entretien intense et émouvant que nous avons pu avoir avec lui, et citant un proverbe local, « la santé est comme une couronne sur la tête des bien-portants mais que seuls voient les malades ». On pourrait en dire autant de la liberté…

2. Qui est le Dr Marzouki ?
Nous avons été marqués par le cheminement de cet homme. Neurologue de formation, il comptait bien se consacrer à cette spécialité médicale dans le cadre des structures curatives de son pays. Il est frappé d'emblée par le surnombre de handicapés et est ainsi amené à se pencher sur les causes de ces handicaps. La pratique de la médecine dans un pays considéré alors comme en voie de développement lui ouvre rapidement les yeux sur les priorités de la Tunisie en matière de santé. Il ne suffit pas de faire fonctionner des dispensaires et des hôpitaux, il faut surtout privilégier une démarche de santé publique et répertorier les besoins criants et réels de la population pour réfléchir ensuite aux meilleurs moyens à mettre en oeuvre pour améliorer la situation.
Cette réflexion l'a amené à développer sur le terrain la notion de médecine communautaire, bien connue chez nous aussi, où les besoins des communautés locales et des habitants sont définis avec la population. Cela implique aussi l'interpellation des autorités publiques pour disposer des soutiens nécessaires pour organiser des structures de soins de santé plus efficaces et plus efficientes. Il devient ainsi un éminent spécialiste en santé publique, dans son département de l'université de Sousse et à l'étranger. Il est bien connu dans les écoles belges de santé publique et à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers.

3. Droits de l'homme
Le Dr M.Marzouki est accusé par les autorités de promouvoir une médecine « communiste » et il est d'autant plus mal vu du pouvoir en place qu'il devient d'abord le président de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH) - il est suspendu de cette fonction par un tribunal en novembre 2000 -, il devient ensuite porte-parole du Conseil National pour les Libertés en Tunisie (CNLT), organisation également interdite par le pouvoir.

C'est l'escalade, l'affrontement entre deux paradigmes, celui d'un état fort d'une part, et celui d'un praticien de la santé publique cohérent jusqu'au bout avec ses options scientifiques d'un développement par la base impliquant la population.

Déjà en 1994, il a dû purger 4 mois de prison suite à une condamnation pour avoir accepté une interview dans un journal espagnol au sujet des droits de l'homme dans son pays. En juillet 2000, il est arbitrairement licencié de son poste de professeur à l'Université de Sousse et empêché d'exercer toute activité clinique. Ses collaborateurs sont dispersés dans d'autres universités à travers le pays. En décembre 2000, il est condamné à un an de prison pour diffusion de fausses nouvelles (il s'agit en fait de ses prises de position sur les violations des droits de l'homme en Tunisie) et participation à une organisation non autorisée (le CNLT). Le ministère public avait lui-même fait appel contre la décision de décembre 2000 , le Dr M.Marzouki se refusant à interjeter appel alors qu'il s'agissait d'une « parodie de justice » selon ses propres paroles. Nouveau « procès » en juillet 2001, jugement reporté à la fin septembre 2001 et confirmation de la sentence : 1 an de prison avec sursis, perte des droits politiques, etc…

En théorie, rien ne s'opposait alors à ce que le Dr Moncef Marzouki puisse sortir de Tunisie, et il s'est présenté à l'aéroport de Tunis où il a été refoulé. Fin novembre 2001, ses avocats lui annoncent que l'interdiction de sortir de Tunisie est levée et il décide de se présenter une nouvelle fois à l'aéroport de Tunis. Cette dernière fois fut la bonne et il a pu se rendre à Paris et occuper depuis janvier 2002 la fonction de professeur-associé en santé publique créée pour lui à l'Université de Bobigny.

4. Sa visite en Belgique
Le Dr Moncef Marzouki viendra en Belgique du 8 au 10 mars 2002, pour rencontrer ceux qui l'ont soutenu pendant toute cette période.

Nous vous invitons à le rencontrer le samedi 9 mars, à Bruxelles, où nous organisons un débat public, à l'initiative du groupe médical d'Amnesty International. Par son témoignage, nous verrons qu'un soutien international à des personnes qui défendent la démocratie peut les aider dans leur combat, et contribuer à la démocratisation de ces pays où même des priorités en matière de santé publique sont assimilées à de l'opposition politique. La Tunisie, ce pays proche, nous acceuille en vacances… puisse-t-elle aussi devenir un pays où il fait bon vivre pour ses propres habitants !