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Le procès de l'ignominie
by Gérard de Sélys Monday April 23, 2001 at 03:07 PM
gds@rtbf.be

Alors qu'en Belgique, une cour d'assise ouvrait le procès de quatre présumés responsables du génocide de 1994 qui a provoqué la mort d'un million d'enfants, de femmes et d'hommes au Rwanda, la même semaine, trente-neuf multinationales pharmaceutiques abandonnaient les poursuites judiciaires qu'elles avaient entamées contre la loi sud-africaine .......

Le procès de l'ignominie

Alors qu'en Belgique, une cour d'assise ouvrait le procès de quatre
présumés responsables du génocide de 1994 qui a provoqué la mort d'un
million d'enfants, de femmes et d'hommes au Rwanda, la même semaine,
trente-neuf multinationales pharmaceutiques abandonnaient les poursuites
judiciaires qu'elles avaient entamées contre la loi sud-africaine
autorisant la vente de médicaments génériques destinés à soigner les
quatre millions de porteurs de virus du sida que compte l'Afrique du
sud.

En estimant que tuer quelqu'un c'est réduire à néant son espérance de
vie, et en établissant arbitrairement que les Rwandais victimes du
génocide avaient en moyenne 40 ans d'espérance de vie devant eux,
puisqu'ils étaient un million, on peut évaluer à quarante millions
d'année, la perte de vie qu'ils ont globalement subie.

On sait que les médicaments contre le sida peuvent allonger de quinze
ans la vie de ceux qui sont atteints par le VIH. En empêchant quatre
millions de personnes de se soigner, les trente-neuf multinationales ont
menacé de les priver globalement de soixante millions d'années de vie.

Première ignominie, ces multinationales n'ont pas hésité à tenter de
commettre un génocide. Deuxième ignominie, elles n'ont abandonné leurs
poursuites que sous pression des centaines de milliers de protestations
en provenance des pays riches de l'hémisphère nord. En fait, elles ont
eu peur de dévaloriser leur image de marque, c'est à dire de voir fondre
leurs bénéfices, auprès de leur principale clientèle située à 90% dans
les pays du nord. Les Sud-africains souffrant du sida, elles s'en
moquent.

A combien de génocides ces multinationales se livrent-elles, aujourd'hui
même, dans l'ombre, en interdisant déjà la fabrication et la vente de
médicaments génériques ? Quand les dirigeants de ces multinationales
seront-ils traduits devant des cours d'assise ?

Gérard de Sélys
23 avril 2001

Et le processus de monopolisation va se poursuivre...
by Fred Monday April 23, 2001 at 04:03 PM

Il est intéressant de remettre cela dans l'actualité du Sommet des Amériques et de la mise en marche de la Zone de Libre Echange des Amériques (ZLEA) pour 2005.
Que veulent les grosses entreprises?
Que soient évidemment et notamment privatisées les réserves naturelles riches en matières premières et en biodiversité. Elles veulent contrôler ces lieux dont regorgent encore l'Amérique latine pour, disent-elles, faire de la bioprospection qui s'apparente le plus souvent à de la biopiraterie.
A une époque où les peuples indigènes, en Amérique latine et ailleurs, tentent de valoriser leurs savoirs traditionnels dans le domaine de la nature en général, leur culture, les connaissances accumulées au cours de plusieurs siècles, on voit débarquer, grâce à tous les accords de libre-échange et à la globalisation capitaliste néolibéral, les multinationales pharmaceutiques convoitant ces savoirs et ces richesses naturelles. Pour en tirer un maximum de profit et sûrement pas pour nourrir le monde ou soigner des maladies. Ces entreprises voraces veulent s'approprier, via le brevetage, tout ce qui engendre potentiellement du profit afin d'incorporer le travail millénaire et collectif des peuples indigènes. Les exemples abondent, il s'agit de vol pur et simple, de privatisation de la richesse culturelle, naturelle et humaine, il s'agit de crimes quand on sait que ces entreprises dépensent plus d'argent pour soigner la calvitie des Etasuniens que le sida des Africains. Sois rentable ou crève! Bienvenue dans le monde libre, esclave des temps modernes!