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Noam Chomsky sur le Plan Colombie
by La Jornada Sunday September 17, 2000 at 05:39 PM
fredolev@hotmail.com

Interview de Noam Chomsky sur le problème colombien et les intentions du gouvernement yankee

Traduction de morceaux choisis d'un article paru dans le quotidien mexicain "La Jornada", du dimanche 3 septembre 2000.
Désolé pour les éventuelles imperfections de la traduction, je ne suis pas bilingue espagnol-francais et encore moins interprète professionnel.
Si le Plan Colombie vous intéresse, j'ai déjà traduit un autre article de "La Jornada" expliquant en détails le réseau de bases militaires que les Etats-Unis sont en train de tisser pour accentuer leur hégémonie militaire en Amérique latine. Vous trouverez cet article sur le site d'Independant Media Center - Belgium.

Dans une interview exclusive, le célèbre scientifique social nord-américain Noam Chomsky comente l'intervention des Etats-Unis en Colombie ...

 Pourquoi ce voyage de président Bill Clinton en Colombie?

La Colombie a une histoire terrible de violence qui dure depuis plus d'un siècle. Dans les années 60, cette violence prit une nouvelle tournure à cause d'une forte intervention du gouvernement de J.F. Kennedy, avec des missions des forces spéciales nord-américaines qui servirent d'assesseurs pour les forces armées colombiennes.
Cela faisait partie du projet général de Kennedy de transformer les armées latino-américaines en forces de sécurité capables de contrôler leur population au moyen de la violence. Il s'agissait d'un changement de stratégie de la défense hémisphérique (réminiscence de la seconde guerre mondiale) dans les forces armées latino-américaines, vers la sécurité interne, c'est-à-dire vers la guerre contre leur propre population.
En Colombie la mission des forces spéciales nord-américaines était d'apprendre spécifiquement aux forces colombiennes à former des groupes paramilitaires, pour mener à bien ce qu'ils appellent la "terreur paramilitaire" contre les "known comunist proponents".
"Known communist proponents" est un terme très large pouvant inclure des paysans organisés, des leaders syndicaux,, des activistes des droits de l'homme, des intellectuels indépendants, des candidats politiques, etc.; et cette politique d'organisation de la terreur paramilitaire, qui incluait l'entraînement, mena à une nouvelle phase de violence organisée de l'Etat: d'une part, à travers les militaires et, d'autre part, via les paramilitaires, et cela a continué jusqu' à aujourd'hui.
Dans les années 90, la Colombie a eu, en constante augmentation, le pire record de violations des droits de l'homme dans l'hémisphère occidental; cela se doit au fait que le terrorisme d'Etat massif dans les autres pays s'est réduit, de telle manière que la Colombie se retrouva en première place. Des quasi 10 assassinats politiques qui se commettaient chaque jour, le Département d'Etat (USA) en attribuait la grande majorité, entre 70 et 90%, aux paramilitaires, très proches de l'armée. Le reste à la guerilla.

 Le problème de la drogue

La guerrilla a réussi maintenant à développer une base substantielle dans une grande partie de la population, à un tel point que le gouvernement a cédé une partie du pays à la guerrilla, partie qui n'a jamais été intégrée à la Colombie. Dans ces régions, les paysans ont été obligés de produire de la coca; non parce que quelqu'un leur a mis un pistolet sur la tampe, mais parce que simplement il n'y a pas d'autre forme de survie.
Le problème remonte aux années 50. La Colombie avait une production de blé qui fut écrasée par l'agroexportation subsidiée des Etats-Unis, sous la facade des "aliments pour la paix (food for peace)". Dans les années 60, le mouvement des pays non alignés (Groupe des 77) et la UNCTAD impulsèrent l'idée de former un cadre de référence pour un nouvel ordre économique international., dont bénéficiera la production des paysans pauvres.
Un des premiers programmes que la UNCTAD essaya d'implanter fut la stabilisation des prix de ses produits qui oscillaient dans une large mesure entre l'offre et la demande, entre autres facteurs. Une marchandise très importante du commerce mondial d'alors était le café, qui constituait une des principales exportations de la Colombie.
Pour l'agrobusiness, les oscillations sauvages des prix n'ont pas beaucoup d'importance, parce que si le prix d'une marchandise baisse une année, ils utilisent les autres. Mais si tu es un paysan pauvre, tu ne peux dire à tes enfants: "Ne mangez pas cette année, peut-être que nous mangerons l'année prochaine". C'est-à-dire que les prix qui oscillent sont dévastateurs pour les petits producteurs.
La proposition de stabilisation des prix de la UNCTAD, qui concorde avec ce qui se passe dans les pays riches industriels, comme les Etats-Unis ou l'Union Européenne, qui stabilisent constamment les prix internes, ne fut pas permise pour le Tiers-Monde: cela fut bloqué. Un des effets fut que la petite production paysanne devint non rentable, et entre autres celle du café.
Naturellement, de fait quasi nécessaire, les paysans se tournèrent vers des produits qui étaient viables, comme la coca, la marijuana et les produits qui, en Occident, s'appellent drogues illégales.
Après arriva la répression, ce qu'ils appellent "la guerre contre les drogues", et maintenant tout cela est une partie considérable du système socioéconomique colombien.
Le problème principal en Colombie, comme cela l'a été durant longtemps, est une situation très répressive dans le politique et le socioéconomique. Normalement, c'est un pays très riche, mais une grande partie de sa population vit dans une pauvreté misérable. C'est un système très brutal et répressif. Cela fait près d'une décennie que la tentative de permettre des partis politiques indépendants, l'Unión Patriótica par exemple, se termina par un désastre. Ses candidats politiques, maires, candidats présidentiels, etc. furent simplement assassinés. Les Etats-Unis ne tiennent pas compte de cela.
Ils définissent la Colombie comme une démocratie florissante, sans se soucier que l'unique parti politique indépendant fut annéanti par la violence. Il l'appelle démocratie, parce que les partis qui survivent sont ceux du patronnat (business parties), ceux qui se conforment aux intérêts des Etats-Unis.
Une telle situation empira encore plus dans les années 90. Particulièrement parce que le gouvernement de Clinton a innondé le pays d'armes et d'instructeurs militaires. La Colombie a recu plus d'armes et d'entraînement militaire que quelconque autre pays dans l'hémisphére, et, corrélativement, avec ces fournitures, augmentent, pour ainsi dire, de manière normale les atrocités.

 Le Plan Colombie

Le plan actuel consiste à étendre cela très significativement, en donnant aux militaires 1.600 millions de US dollars. Le prétexte est la guerre contre la coca, mais c'est difficile de trouver un analyste qui prend ce prétexte très au sérieux. Les paramilitaires, comme les militaires, sont mouillés jusqu'au cou dans le narcotraffic et la guerre ne se dirige pas contre eux.
La guerre se dirige contre des communautés paysannes qui sont devenues parties des régions dominées par les FARC (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia). Les FARC prélèvent des impôts sur le narcotraffic, mais ils ont indiqué qu'ils seraient très contents d'implanter un programme avec des cultures alternatives; de fait, ils ont un programme social de ce type.
...
Cependant, le chemin entrepris, c'est le financement des paramilitaires et des militaires, ce qui mènera à un désastre majeur. Justement, ce matin, les journaux rapportaient des nouvelles tueries des paramilitaires dans la région de Medellín, et cela augmentera, parce que les assassins sont de l'armée colombienne.
...

Frédéric Lévêque
San Cristobal de Las Casas, Mexique, 16 septembre 2000.

Vous pouvez trouver l'article de La Jornada sur leur site:
http://www.jornada.unam.mx/index.html
Si vous êtes un admirateur des saintes paroles de Noam Chomsky, allez consulter ses archives:
http://www.zmag.org/chomsky/index.cfm


N.Chomsky sobre el Plan Colombia (en español)
by (Fred) Monday December 04, 2000 at 03:32 PM

Para leer el articulo en español, vsita el sitio de "La Jornada" http://www.jornada.unam.mx/2000/sep00/000903/022n1mun.html