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Bombe-Spotting: Veni, vidi ... mais pas encore vraiment vici
by Ptit Pierre Monday, Apr. 18, 2005 at 4:03 PM

Voici un petit compte-rendu personnel du Bombe-Spotting tel que je l'ai vecu. Nous etions 30 a partir de Liege.

Bombe-Spotting: Veni...
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L'article avec les liens "fonctionnels" se trouve sur: http://www.jcc.lautre.net/article.php3?id_article=775

Deux interviews de militaires rencontres sur place se trouvent sur: http://www.jcc.lautre.net/article.php3?id_article=774

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Les photos sont de Jonathan Gillet de Média-cité La braise Liège qui a participe avec le car liegeois. Plein d'autres photos de Jonathan se trouvent sur: http://archive.indymedia.be/news/2005/04/95712.php


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Ce samedi 16 avril, les Dieux de la meteo etaient plutot moroses. Celles et ceux souffrants de rhumatismes etaient sans doute ravis des bains de boue qui les attendaient mais une partie de la jeunesse bombe-spotteuse (qui ne souffre pas de rhumatisme grace a son entrainement annuel sur cloture barbelee) a sans doute ete quelque peu refroidie par la perspective d'une journee au grand air par un temps pareil.

Soit, nous attendions une cinquantaine de personnes mais nous etions seulement 30. Parmi nous, il y avait une bonne delegation de Comac, une un peu plus modeste de JCC, 4 ecoloj (qui eux se rendirent a Mons), 4 amis vervietois et ... un hutois.

Vers 10h30, briefing afin de bien repreciser le sens de l'action mais aussi de donner toutes les informations pratiques. Parmis nous, quelques mineurs. Mais aussi, presence symbolique autant que rafraichissante, quelques personnes clairement majeures depuis un petit temps tel Lucien, joyeux soixantenaine qui, devant l'inquietude de certains jeunes a l'idee d'etre photographies par la police leur repond : "Nous devons etre fiers de notre action, nous sommes beaux". Et c'est vrai qu'il est beau Lucien.

Vers 11h30, depart en car direction Kleine Brogel. Arrivee a proximite de la base (Grote Brogel - 800m au Nord de la base) vers 12h30. Quatre groupes affinitaires (+ un groupe reportage) se forment et s'elancent vers la base.

Le groupe auquel je participe choisi d'aller vers l'Est de la base. Arrivee a 150m de la cloture. Petits hommes verts en vue. Nous longeons donc la base a bonne distance vers l'ouest. Petits hommes verts en vue. Bref, petits hommes verts partout, partout, partout. Tres vite, il apparait clairement que le fait d'avoir etendu l'action sur trois lieux (Mons, Bruxelles et Kleine-Brogel) n'a pas vraiment diminue la presence militaire. Des goupes de 3-4 militaires sont postes tous les 50-100m, des camions-jeeps circulent en permanence le long de la cloture.



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NB : Histoire de les obliger a plus deployer de forces encore, je vois deux solutions pour l'an prochain :

faire arriver les petits groupes tout autour de la base a la meme heure exactement. Je pense que leur tache est bien facilitee par le fait que nous arrivions les uns apres les autres. Si un deferlement avait lieu, je pense que leur tache serait largement compliquee.

faire un week-end bombe-spotting. Cad annoncer que nous re-entrons sur la base des que nous sommes liberes pendant 48h par exemple. Cela les obligerait (en principe) a nous loger et nourrir et surtout a mobiliser des hommes durant 48h.



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Mais revenons au "direct", si j'ose ecrire. Une faille semble se preciser, nous courons vers la barriere, l'echelle est passee. Je grimpe sur la barriere, saute de l'autre cote, Dorian suit puis Amori. Deja les militaires sont sur nous. Samia n'a ni le temps de passer ni celui de deployer la banderole "Bombe-Spotting". De l'autre cote, les personnes avec appareils photos nous protegent d'une interpellation trop musclee. On nous force a nous asseoir.

Photo

Photo2

A 100m de nous, un autre groupe tente de passer usant de notre arrestation comme diversion mais un autre groupe de militaires est directement sur eux.

Dorian sort son questionnaire de son sac et entamme avec stoicisme le "dialogue". Il a peu de succes, il faut l'avouer. Pas de conseiller en communication ici mais des militaires flamands, bien conditionnes par l'institution et les medias et pour qui des pacifistes francophones sont a double titre des imbeciles.

Dix minutes se passent puis un camion-jeep arrive, on nous embarque sans menagement, un petit homme vert de chaque cote. Ignorant le biliguisme de plusieurs d'entre nous, ils echanges des commentaires peu sympas. On nous conduit jusqu'a la piste ou on nous transfere dans un bus dans lequel nous retrouvons quelques camarades de Louvain. La aussi, le ton est plutot viril quand certains tentent d'etablir le dialogue. On nous conduit vers la caserne. La, trois tentes ont ete dressees : une pour nous stocker, une pour la fouille masculine, une pour la fouille feminine.

La tele est presente,, RTL, la RTBF ? Ehhh, faut pas deconner ptit frere, c'est Televox, les verts parlent aux verts, l'outil de propagande audivisuelle de l'armee. Nous sommes transferes des petits hommes verts aux petits hommes bleus. Nous sommes appeles un par un pour la fouille. La, ils ont choisi la creme des cremes. Pas de virilite excessive, un discours tres police (un comble), une gentillesse quasi surrealiste. Moi, les flics sympas, ca ne me met pas a l'aise. La, ca a l'air plutot sincere. Je tente un "Savez-vous pourquoi nous sommes la ?". "Pour les armes nucleaires non ?" me repond-il. Ce quasi aveux me laisse sans voix.

Ensuite, je suis transfere vers le couloir de la connerie humaine, une enfilade d'une dizaine de bas-cerveles (ce qui n'empeche pas d'etre haut-grade semble-t-il) hilares (ca doit etre les primes prevues pour la chasse aux bombe-spotteurs qui les mettent en joie) qui photocopient ma carte d'identite et me demandent de signer un papier (en NL) sur lequel je traduis a mon etonnement "arrestation judiciaire" (les annees precedentes nous etions arretes administrativement uniquement). Je demande a avoir une traduction en FR histoire de tester la situation (peu de francophones j'en suis convaincu savaient ce qu'ils signaient). Un des plus beaux specimens presents me repond (accrochez vos ceintures ca va decoller) : "En Turquie, tu ne signes rien en Francais, ici tu es en Flandre, en Campine, gars et tu ne signes rien en Francais" (le tout en NL vous vous en doutiez !). Connerie de ma part, je signe le papier tout en ayant la quasi certitude (que l'on me confirme par apres) qu'ils ont en fait l'obligation (en Belgique) de me fournir ce papier dans ma langue maternelle. On me confisque mon GSM. Hello Roger, Charly speaking, contact lost, over.

Il est environ 13h30. Je me retrouve dans un immense hangar divise en deux : "arrestation administrative" (arretes hors de la base) d'un cote et "arrestation judiciaire" (arretes dans la base) de l'autre. Tout autour de nous des chevaux de frise et des petits hommes bleus pour monter la garde. A chaque nouvel arrivant, nous applaudissons.

L'apres-midi se passe gentillement. On a des infos des autres lieux grace a un GSM qui a n'a pas ete repere a la fouille. Des copains de Radio Panik ont reussi a faire rentrer du matos et prennent du son. Vers 16h30-17h, les derniers "liegeois" arrivent. Nous sommes maintenant plus de 200 detenus. On bavarde, on lit, on joue au foot avec des bouteilles en plastique, on jongle. Je fais connaisssance avec des Finlandais et des Hollandais venus participer. On lance des avions en papier (sans armes de destruction massive) vers l'autre partie du Hangar. Hugues ecrit une lettre d'amour enflammee a une des gendarmettes qui gardent les lieux. Sans succes apparemment.

A Bruxelles, les premiers participants sont deja relaches. Ici, les flics ont tente de distiller deux messages : "vous etes peut-etre ici pour 24h" et "vos effets (GSM, appareils photos, etc...) ne vous seront rendus que dans une semaine". On se doute bien qu'il s'agit de bluf. En aucun cas, ils ne veulent nous nourrir et nous loger. En aucun cas, ils ne veulent faire de la paperasse pour la confiscation de ce matos. Dans la mesure ou il s'agit d'une arrestation judiciaire, c'est le procureur de Hasselt qui doit ordonner notre liberation. Une runeur circule, on sera libere vers 20h.

Avec des bouteilles en plastique, Samia, Dorian et Hugues vite rejoints par quelques autres entamment un set de percussions. Deux danseuses improvisent une choregraphie, assez reussie. Tres vite, tous les participants sont la. Ils sont plus de 30 a danser au milieu d'un cercle de participants qui frappent dans les mains a tout rompre. Le son resonne tres fort dans ce hangar. Tel des improvisateurs hip-hop, l'un puis l'autre se place au coeur de la melee pour improviser qui un pas de danse, qui un poirier. L'ambiance est incroyable. Je jette un oeil vers nos gardes, ils se font clairement chier. Ce contraste m'amuse au plus haut point. Gardiens triste aux commandes. Prisonniers heureux. Je songe. Il est temps de leur reprendre les manettes. Peut-etre meme temps de virer le poste de commande histoire de ne plus subir un pilote imbecile. Temps de donner des manettes a tout le monde. Temps de s'interroger enfin sur la direction, la vitesse, l'objectif.

Vers 19h, sans doute un rien depite de voir cette detention austere se transformer en free-party, on nous libere. Cela se passe tres rapidement. Chacun recupere ses effets. A pied, nous quittons la base par l'Ouest. A la sortie, un troupeau de commandants De Neeve version NL ont ete postes la pour un travail psychologique, railler les activistes. C'est plus la connerie de ces types qui scie bras et jambes aux participants que leurs arguments.

500m plus loin, les cars nous attendent. On repasse par la salle qui servait de lieu de coordination pour Kleine Brogel. Dans la salle, plusieurs centaines de participants boivent une soupe chaude ou une chope froide. Meme si on est en Campine, on a droit a trois langues (FR, NL, EN) pour apprendre que cette annee encore nous etions un millier (dont plus de la moitie arretes) pour dire non a l'hypocrisie de la Belgique en matiere de nucleaire et d'asservissement a l'OTAN.

Photo

20h, c'est le retour vers Liege. 21h, fit and well a Liege.

Si les armes sont encore presentes l'annee prochaine, nous le serons aussi !