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Florence: la beauté est dans rue!
by Angeles Mastro (Rebelion) Saturday November 16, 2002 at 03:49 PM
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Le mot "beauté" a été le qualificatif le plus souvent utilisé pour décrire la multiplicité de sensations générées par la grande manifestation du 9 novembre à Florence contre la guerre. La beauté, comme la poésie, est capable d'exprimer "quelque chose" de plus, cette chose qui ne se laisse pas enfermer facilement dans des descriptions rationnelles.

Florence: la beauté ...
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Le mot "beauté" a été le qualificatif le plus souvent utilisé pour décrire la multiplicité de sensations générées par la grande manifestation du 9 novembre à Florence contre la guerre. La beauté, comme la poésie, est capable d'exprimer "quelque chose" de plus, cette chose qui ne se laisse pas enfermer facilement dans des descriptions rationnelles.

La beauté avait le visage du peuple, de tous les âges, de tous les pays, et ce jour-là, elle n'éta it pas exposée dans les musés. Elle a occupé, avec la force pacifique de la présence massive de centaines de milliers de personnes, les rues d'une des villes les plus belles du monde. Elle fait tomber des murs de préjugés et d'ignotence et a déclaré face à tous les pouvoirs de domination, face à tous les politiciens et aux grands médias que la guerre pouvait être arrêtée.

Tandis que le Forum social européen appelait Florence à se déclarer "Ville ouverte", une circulaire de la Confcommercio invitait ses membres à fermer tous les commerces. Tous les types de désastres avaient été annoncés - la majeure partie des journaux ouvraient leurs pages avec le mot "invasion" en caractère gras - et, à mesure que l'on se rapprochait de la date de la manifestation, les merveilleuses ruelles de la capitale toscane s'assombrissaient de la fermeture des stores de la plupart des magasins.

L'absence abolue d'incidents a rendu évidente l'image absurde des puissants enfermés dans leurs murailles tandis que les centaines de milliers de gens qui occupaient les rues se limitaient à coller des autocollants, la plupart écrites à la main, qui disaient "Stop à la Banque armée" ou "Qui pense mal, agi mal". L'une d'elles symbolisait bien la subtile ironie florentine puisqu'elle était apposée sur les grilles fermées d'un magasin qui ne laissait dépasser que son nom "Décamerone", et dont le texte disait: "Bocaccio, je t'avais bien dis que tu étais un être stupide".

Pour trouver un précédent avec un quelconque événement antérieur; les plus âgés se remémoraient les manifestations de la Libération en 1945. Sans entrer dans la guerre des chiffres, les faits parlent d'eux-mêmes. Le parcours faisait plus de 6,5 Km, mais quand la tête de la manifestation arrivait au Campo de Marte, le dernier cortège - les 200.000 travailleurs de la CGIL - n'avaient même pas encore démarré. C'est près d'un million de personnes qui ont parcouru les rues de Florence.

C'est beaucoup, beaucoup de monde, mais il y a avait quelque chose en plus. Ces centaines de milliers se sont senti engagés au sein d'une immense volonté collective, plurielle et unitaire, une volonté partie prenante d'un mouvement internationale qui remet en question les racines mêmes du système de domination actuel dans le monde. Le "mouvement des mouvements" se confirme, avec une puissance qui dépasse n'importe quelle prévision, comme le phénomène politique majeure de ces derniers temps.

Pas à pas, au cours de centaines de débats, a teliers et séminaires à laquelle ont participé des dizaines de milliers de personnes, jeunes dans leurs immense majorité, se construisent des analyses qui remettent en cause radicalement la tyranie du marché, la dictature de l'empire, des fabricants d'armes, du capital et se recréent des mots et des concepts séquestrés comme "internationalisme", "démocratie", "paix", "droits", "propriété social", "justice" et "solidarité".

La présence syndicale massive des Cobas, des syndicats de base, de la CGIL - y compris la participation nourrie et applaudie à tout rompre des travailleurs de la FIAT -, confirme l'alliance ample et féconde entre le syndicalisme et le mouvement antiglobalisation. Après Gênes et les deux grèves générales qui ont eu lieu cette année en Italie, beaucoup de choses ont changé, y compris le questionnement de la représentation, de "qui décide" dans le mouvement ouvrier. Ce à quoi la FIOM (Fédération métallo-mécanique de la CGIL) affirme avoir tenu bonne note.

Le processus stratégique de la recomposition de l'unité de classe (travailleurs fixes, précaires, immigrés, chômeurs) ne peut se faire sans une étroite relation entre le "mouvement des mouvements" et le mouvement ouvrier et pour cela des choses doivent changer. Les dirigeants syndicaux italiens l'expriment clairement; "Ce qui nous unit est la lutte contre la précarité et contre la guerre". Une proposition de syndicalisme alternatif a surgi avec force dans les débats: faire appel à la grève générale si la guerre contre l'Irak se déclenche. L'exploitation sauvage et la militarisation de l'économie ont été identifiées comme les deux faces de la même médaille de la globalisation capitaliste. Une analyse qui constitue la colonne vertébrale du dialogue entre le syndicalisme et le mouvement antiglobalisation.

Le splendide début du Forum social européen de Florence affirme que, si l'on peut organiser le formidable pouvoir des gens, arrêter la guerre à laquelle est opposée l'immense majorité des peuples est possible.