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La résolution 1441 de l'ONU: une carte blanche à l'Administration Bush
by POS-website Saturday November 16, 2002 at 03:45 PM
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Les pressions étasuniennes ont forcé une négociation dans laquelle leurs intérêts ont primé sur ceux des Etats membres du Conseil de sécurité (CS) de l'ONU. Les Etats-Unis ont ainsi renforcé leur positon d'unique puissance hégémonique mondiale et ont réaffirmé leur "droit" à agir sans le consentiment de l'ONU pour lancer la guerre contre l'Irak. La résolution du CS - qui menace l'Irak de la formule vague de "graves conséquences" en cas de non-accomplissement du programme du désarmement - donne carte blanche aux Etats-Unis pour envahir l'Irak car elle ne les oblige pas à se soumettre à une décision de l'ONU dès que seront connus les résultats des investigations des inspecteurs en désarmement des Nations Unies.

Les pressions étasuniennes ont forcé une négociation dans laquelle leurs intérêts ont primé sur ceux des Etats membres du Conseil de sécurité (CS) de l'ONU. Les Etats-Unis ont ainsi renforcé leur positon d'unique puissance hégémonique mondiale et ont réaffirmé leur "droit" à agir sans le consentiment de l'ONU pour lancer la guerre contre l'Irak. La résolution du CS - qui menace l'Irak de la formule vague de "graves conséquences" en cas de non-accomplissement du programme du désarmement - donne carte blanche aux Etats-Unis pour envahir l'Irak car elle ne les oblige pas à se soumettre à une décision de l'ONU dès que seront connus les résultats des investigations des inspecteurs en désarmement des Nations Unies.

Le 8 novembre dernier, le CS des Nations Unies a approuvé à l'unanimité la résolution 1441 qui s'appuie sur les conditions imposées par l'Administration Bush pour mener à bien les inspections d'armement en Irak et qui - au travers du vocabulaire diplomatique ambigü - favorise la détermination des Etats-Unis à lancer leur guerre contre ce pays.

Après huit semaines de pressions étasuniennes intenses sur les membres permanents du CS - mais également sur les non membres permanents tels que le Mexique et la Syrie - le secrétaire d'Etat Colin Powell a rendu acceptable l'inacceptable: le CS donne carte blanche aux Etats-Unis pour envahir l'Irak puisqu'il n'exige pas de Washington qu'il se soumette à ses décisions dès que seront connus les résultats des inspections des Nations Unies. En clair, l'Irak doit se conformer à la virgule près aux résolutions de l'ONU tandis que les Etats-Unis ont les mains libre pour les interpréter et agir comme ils l'entendent. Deux poids, deux mesures...

Le vote de la résolution 1441 constitue donc un triomphe clair pour l'unilatéralisme de l'Administration Bush qui se voit appuyé unanimement par le CS (la Chine y compris!). Cette résolution renforce leur position comme unique puissance hégémonique planétaire et renforce la détermination des Etats-Unis d'agir comme ils le veulent. De fait, c'est pour cette raison que Washington a mainentenu une pression constante sur les membres du CS lors des dernières semaines. Face à la position du Pentagone qui, à travers le secrétaire à la Défense Rumsfeld et le vice-président Cheney, maintenait l'orientation que les Etats-Unis n'ont pas besoin d'une quelconque autorisation pour mener à bien leurs plans bellicistes, le département d'Etat, mené par Powell, a insisté et obtenu auprès de Bush l'opportunité de pressionner la communauté internationale et le CS afin que l'on reconnaisse le "droit" des Etats-Unis à attaquer l'Irak.

La détermination de Powell a permi que, en utilisant les pressions politiques et les marchandages économiques directs avec les membres du CS, ce dernier reconnait et légitime les diktats de la politique extérieure étasunienne.

La Russie et la France - les deux membres permanents du CS qui se sont le plus publiquement opposés ces dernières semaines à accepter les propositions des Etats-Unis - avaient fixé un calendrier de négociations limité à la date des élections étasuniennes au Congrès et au Sénat en espérant ainsi que des résultats moins bons pour l'Administration Bush permettent d'obtenir de plus grandes contreparties pour satisfaires leurs intérêts impérialistes particuliers. Rien n'a filtré dans la presse sur les résultats et les conclusions de ces négociations par rapport aux juteux contrats pétroliers que des multinationales françaises et russes ont signé avec l'Irak ni par rapport à la demande russe de renégocier sa dette extérieur avec les Etats-Unis. Mais il est clair que la forte victoire électorale républicaine a certainement fait descendre à la baisse les exigences françaises et russes...

Malgré tout, à défaut d'une capacité de pression et d'intervention plus fortes, la Russie et la France ont tenté de sauver la face en tant que puissances internationales membres du CS en conditionnant formellement leur vote à l'utilisation d'un vocabulaire qui limite "l'inaccomplissement matériel" de l'Irak au passé et non au présent, ce qui permet de faire dépendre les "graves conséquences" que devra affronter l'Irak du résultat futur des inspections en désarmement. Cependant, ni la France ni la Russie ne se sont opposé à l'absence de clarification dans la résolution sur le fait que seul le CS aurait la légitimité exclusive de déterminer quelles devront êtres de telles "conséquences".

De fait, les Etats-Unis ont déjà affirmé leur interprétation en déclarant que "n'importe" quel membre de l'ONU a le "droit" de déterminer si l'Irak ne remplit pas ses obligations et s'il faut alors punir ce pays avec la guerre. Selon Powell, "Si l'Irak viole cette résolution, alors le CS devra décider de manière immédiate ce qu'il est nécessaire de faire tandis que les Etats-Unis et d'autres nations animées par le même sentiment pourront juger ce qu'il faut faire au cas où le CS décide de ne pas agir"!

Le vote de la Syrie

Le vote de la Syrie - l'unique pays arabe avec présence comme membre non-permanent du CS - s'explique de par sa faible position face aux Etats-Unis et des répércussions que pourraient avoir pour ses intérêts régionaux une invasion et une occupation de l'Irak dans le cadre du projet de restructuration politique et territorial de l'espace arabe que l'Administration Bush veut mener à bien.

Un protectorat étasunien en Irak - ou un gouvernement fantoche - laissera la Syrie dans une position d'isolement politique et économique plus grande encore puisqu'elle sera entourée de régimes alliés des Etats-Unis tels que, au nord, la Turquie, membre de l'OTAN, la Jordanie au sud-est, l'Israël à l'ouest et l'Irak occupé au sud. Une telle configuration politique menacera très certainement la stabilité même du régime syrien. De plus, la possible partition de l'Irak avec la création d'une entité kurde dans le nord du pays à la frontière avec la Turquie et la Syrie, déstabilisera la ce dernier pays dans la même mesure que le premier.

La Syrie - qui fait toujours partie de la "liste des Etats qui offrent appui au terrorisme" dressée par les Etats-Unis malgré l'assistance qu'elle a donné aux investigations étasuniennes qui traquent Al-Quaeda depuis le 11 septembre - pourrait être un nouvel objectif de l'acharnement de l'Administration Bush. Au cours des négociations en vue du vote de la résolution 1441, le sous-secrétaire d'Etat étasunien pour le Contrôle en armements, John R. Bolton, a signalé pour la seconde fois en un mois les "préoccupations" de l'Administration Bush envers le programme d'armes biologiques et nucléaires syrien dans le but évident d'intimider ou de forcer l'adhésion de ce pays. De même, le 4 octobre, dans la même veine intimidatoire, un avion militaire étasunien a pénétré dans l'espace aérien syrien au cours d'une patrouille au-dessus de la "zone d'exclusion aérienne" du nord de l'Irak, fait qui a été mentionné par la presse syrienne.

Sur un autre front, le pronostic qu'Israël approuve l'invasion étasunienne contre l'Irak car elle lui permettra de lancer une attaque militaire sur les positions du Hezbollah au Liban a peut-être également servi aux Etats-Unis pour forcer un accord de la Syrie qui, en échange du maintien de l'aide syrienne au Hezbollah, garanti non seulement son vote favorable au CS mais également l'acceptation de l'établissement d'un nouveau régime sous aile étasunienne en Irak et un appui logistique et de coopération à l'invasion étasunienne de ce pays.

Au final, le vote de la résolution de l'ONU confirme un scénario déjà pratiqué au cours de la première Guerre du Golfe et qui avait semé la confusion dans le rangs du mouvement anti-guerre. A l'époque, il s'agissait de soutenir l'embargo de l'ONU comme moyen de pression sur l'Irak. Or, cette embargo a été le piège "légal" qui a conduit tout droit à légitimer l'intervention impérialiste. Aujourd'hui, le prétexte prend la forme des inspections de l'ONU. Il est clair que le résultat de ces derniers seront négativement interprétés par les Etats-Unis. L'option de la guerre ne souffre plus d'aucun doute. La seule question qui reste est de savoir quand elle se déclenchera et si les mobilisations internationales (comme à Florence le 9 novembre dernier avec 800.000 personnes!) pourront la stopper.

D'après une note informative du Comité de Solidarité avec la Cause Arabe (Espagne)