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Réaction congolaise sur les "excuses" de Michel pour l'assassinat de Lumumba
by L'Avenir Wednesday February 06, 2002 at 05:47 PM
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PARDON ET RÉPARATION Par J. Diana G. Quarante et un ans après, la Belgique a reconnu son implication dans l'assassinat de Patrice Emery Lumumba, premier Premier Ministre du Congo indépendant.

Cette reconnaissance intervient au moment où, au niveau national, pour la première fois, l'anniversaire de la mort de celui que le Congo avait proclamé héros national, a été fêté avec un faste digne de la réputation de l'illustre disparu. On dirait même que pour la première fois Lumumba a été réellement reconnu héros national.
Car, jusque-là, ce sont ses bourreaux qui l'avaient déclaré héros national sans pourtant lui rendre les honneurs qu'il méritait, afin de se faire la conscience tranquille. Un monument géant lui a été dédié à l'entrée de Kinshasa, sur le boulevard qui porte son nom. Les Congolais ne sont pas très surpris par le pardon belge. Tout le monde savait que Lumumba avait été sacrifié à l'autel de la guerre froide. C'est la Belgique qui demande pardon aujourd'hui, mais c'est tout l'Occident qui se reconnaît, même en silence, coupable de cet ignoble assassinat.
On aurait voulu également que la Belgique ne soit pas seul à réparer le tort.
L'autre raison pour laquelle les Congolais ne se sentent nullement enthousiasmés par ce pardon et cette réparation, il faut le dire, symbolique, c'est que la Rd-Congo n'a pas encore cessé de comptabiliser ses morts, victimes d'actes barbares pour des raisons politiques.
Qui pouvait croire qu'une décennie après la fin de la guerre froide, on puisse encore liquider un dirigeant congolais sous un prétexte fallacieux qu'il serait communiste ou qu'il véhiculerait des idées communistes. L'impression que donne le pardon et la réparation de la Belgique, c'est qu'on va d'un litige à un autre. Après que la Belgique ait connu sa part de responsabilité – même elle la situe seulement au niveau moral, - il faudra maintenant rétablir les responsabilités sur l'assassinat de L.D. Kabila. Un litige est symboliquement réglé, un autre reste pendant. Faudra-t-il encore attendre 40 ans pour en connaître le dénouement?
C'est du moins l'assurance que le dossier Lumumba nous donne. Tôt ou tard, les assassins de L.D. Kabila seront connus.
Quel sens donner alors au pardon tardif et à la réparation symbolique de la Belgique? Mieux vaut tard que jamais. Si la faute commise mérite le mea-culpa assorti d'une réparation, un repentir n'est sincère qu'avec promesse de ne point y revenir. Ce que la Rd-Congo attend de la Belgique et des autres pays occidentaux; c'est de mettre hors d'état de nuire tous les criminels congolais qui continuent à opérer à partir des capitales occidentales pour encore une fois faire verser le sang au Congo.